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Insomniaque

Depuis que j’avais fait mon entrée au cégep, mes nuits se déroulaient presque toutes dans l’attente du sommeil, qui chaque nuit, tardait à venir. Je détestais passer des heures à fixer le plafond de ma chambre, et je commençais à avoir la trouille. J’étais une grande cinéphile et avec ma meilleure copine, je regardais tous les films qui me passaient sous la main. Par contre nous éprouvions un plus grand plaisir encore à écouter des films d’horreur, mais depuis quelques temps, j’avais arrêté d’en écouter, ce genre de film alimentant énormément mon imagination beaucoup trop fertile. En fait, j’avais arrêté depuis … depuis qu’à toutes les nuits, je regardais mon cadran à 11 :11 pm. Simple coïncidence? Je n’en étais plus aussi certaine … Au début, j’avais bien entendu mis cela sur le compte de la coïncidence, mais après plusieurs semaines, même plusieurs mois, je ne croyais plus du tout aux coïncidences. J’en avais parlé avec Sophie, aussi passionnée que moi par les films d’horreur. Elle m’avait conseillé d’aller à la bibliothèque, fouiller dans le rayon paranormal. J’avais repoussé ce moment, mais mon imagination un peu trop fertile m’avait poussé à y aller. J’avais, en effet, imaginé tout un tas de raisons pour lesquelles je regardais mon cadran à 11 :11 pm exactement, et bien entendu, j’avais tout de suite imaginé le pire : l’appartement que je partageais avec Sophie le temps de nos études devait être hanté, situé sur un cimetière indien, ou un meurtre avait dû être commis dans ma chambre, à l’endroit même ou j’étais couchée… Quoi de plus cliché? Je vous l’avais bien dit : j’ai une imagination très fertile…

J’étais donc décidée à trouver à quoi tout cela correspondait. Eh bien quoi? Dans Amityville, George Lee Lutz tente de tuer sa famille à 3h15, même heure à laquelle Ronald DeFeo Jr avait tué sa famille, un an et quelques avant… Ou encore, dans l’Exorcisme d’Emily Rose, le prêtre accusé du meurtre d’Emily fait savoir à son avocate que l’heure à laquelle elle se réveille chaque nuit – en l’occurrence, 3 :00 am – correspond à l’heure des démons… 11 :11 correspond à quoi?

Tsournant le dos à mon cadran, je me retournai dans mon lit, et, enfin, m’endormi. Lorsque je me réveillai, le lendemain matin, je me dépêchai à m’habiller pour passer à la bibliothèque, avant de me rendre en cours. Je me dirigeai tout droit vers la section paranormal, lorsqu’une femme, une bibliothécaire probablement, m’intercepta. Elle me demanda si j’avais besoin d’aide, et je lui expliquai mon petit « problème ». C’est avec un drôle de sourire, qu’elle me demanda quand ces phénomènes étaient apparus pour la première fois. «Au début du moi de novembre, je crois bien » répondis-je. C’est alors qu’elle me conseilla plutôt de me diriger vers les archives du journal local, afin de voir s’il n’y aurais pas un événement qui pourrais être relié à mon problème. Je trouvais sa suggestion quelque peu bizarre, mais je décidai de m’exécuter. En fouillant dans mon agenda, je remarquai que j’avais inscrit le début de mon insomnie. « Le 11 novembre… » Je trouvais que ça en faisait trop pour être seulement une coïncidence. Je tapai 11 novembre sur le clavier, et quelques centaines d’articles apparurent à l’écran. J’éliminai tout ceux qui traitaient de choses trop banales à mon goût pour avoir un certain lien avec moi et mon petit « problème ». En continuant ma recherche, je découvris dans un article, la photo d’une femme qui me rappelait vaguement quelque chose. Une notice sous la photo indiquait que le corps de cette femme avait été découvert dans la baignoire de la maison sa nièce, celle qu’on avait accusée du meurtre. La découverte de ce corps remontait à 111 ans, dans la nuit du onze au douze novembre… Dans l’article suivant, on parlait de la nièce de cette femme. Elle était décédée quelques années après son emprisonnement, à 23 :11… Je revins à l’article précédent, et c’est alors que le déclic se fit. Cette femme, qu’on voyait en photo… c’était la dame qui m’avait proposé de venir chercher dans les archives … Ou était-elle? Je fouillai dans les articles connexes, et trouvai une photo de la meurtrière. Je fus prise de panique, découvrant mon visage sur la photo de l’article… puis, baissant les yeux, je remarquai un papier qui dépassait du coin de mon sac… Je le pris, puis le tournai à l’endroit pour voir ce qui y était inscrit. « Assassine » Je lâchai un cri, et complètement affolée, me dirigeai rapidement au comptoir, et demandai à la préposée où se trouvait la dame avec qui je parlais quelques instants auparavant. Elle paru surprise, et me dit que lorsque j’étais entrée, je m’étais attardée devant le comptoir, l’air pensive, et que je m’étais ensuite dirigée vers les archives. Je lui dis que c’était impossible et que j’avais vraiment parlé à une dame… La femme hocha tranquillement de la tête, puis regarda un des gardiens qui se tenait à l’écart, près de la porte de sortie. J’haussai le ton, complètement paniquée, et lui demandai d’essayer de se rappeler, que c’était réellement urgent. Des clients me regardaient, l’air mécontent que je parle aussi fort. Je faisais de grands gestes avec les bras, des larmes roulaient sur mes joues. L’un des gardiens arriva par derrière et me pris par le bras, me priant de le suivre. On m’emmena dans un bureau, ou on me présenta la vidéo qu’avait filmé la caméra de surveillance. On m’y voyait, seule, l’air de chercher quelque chose, puis me diriger vers les archives.

On me jeta hors de la bibliothèque, en me priant de n’y revenir que si j’étais capable de me comporter convenablement, et surtout, de garder le silence. Les gens présents me regardaient avec un regard mauvais… Je ne savais plus quoi penser, j’étais pourtant certaine d’avoir parlé à cette femme … puis avec le carton se trouvant dans mon sac, cela ne laissait plus de doutes. Je regardai l’heure et remarquai que ma montre c’était arrêtée à 11 :11 pm. Une coïncidence de plus? Je me dirigeai vers le collège qui se situait un peu plus loin sur la rue, décidée à passer une journée normale… malgré tous les rebondissements que je venais de vivre. Le reste de la journée se déroula aussi normalement que possible, le souvenir de ma matinée mouvementée me revenant constamment à l’esprit.

Je passai la soirée à la bibliothèque du collège, à étudier et me préparer en vue des examens terminaux qui approchaient à grands pas. Je rentrai chez moi à pied, et j’arrivai vers 21 :00, heure à laquelle mon émission favorite était diffusée. Je m’installai donc confortablement, et vers 22h15, je me levai pour aller chercher le linge que j’avais oublié de sortir de la sécheuse ce matin. Ensuite, j’en profitai pour prendre un bon bain, histoire de relaxer, car j’en avais bien besoin… cette journée avait été particulièrement bizarre et je voulais faire le vide avant d’aller me coucher. Sophie étant partie chez ses parents dès la fin de son cours ce matin, je me retrouvais seule pour les deux prochaines journées dans notre appartement. Je me réveillai une trentaine de minutes plus tard, un mal atroce au cou, couchée dans la baignoire, un pied passé par-dessus le rebord. Je sortis tant bien que mal du bain, me séchai et me dirigeai vers mon lit, lorsque quelqu’un frappa à la porte. Je me demandais bien qui pouvait se pointer chez moi à cette heure si tardive. Je regardai par le judas, mais il faisait trop noir pour y voir quoi que ce soit. En tournant la tête, j’aperçus du coin de l’oeil, l’heure sur le vidéo : 11 :11… Je mis le crochet que mon père avait installé quelques mois auparavant, pas très à l’aise avec l’idée de laisser deux jeunes filles seules, dans un appartement à Montréal et j’entrouvris la porte, quelque peu nerveuse. Je remerciai mentalement mon père d’être un peu paranoïaque. Je découvris sur le perron, un petit carnet, que j’ouvris en refermant la porte du pied. Une photo tomba par terre, et en m’approchant, je vis qu’il s’agissait d’une photo de la femme assassinée par sa nièce, puis à l’endos, le même message que ce matin, dans mon sac « Assassine ». J’étais de plus en plus nerveuse. Je m’installai dans mon lit pour feuilleter le carnet. Je sentais la fatigue me gagner, ayant peu dormi la nuit dernière et m’étant levée plus tôt qu’à mon habitude. Ma vue commençait à se faire trouble, signe évident que je devais me mettre au lit sans tarder. Je baillai…

Je me retrouvai dans une maison que je ne connaissais pas, d’un style un peu vieillot. Mes pas semblaient dirigés par quelqu’un d’autre que moi … C’était bizarre comme sensation, mais je semblais savoir exactement ce que j’avais à faire, ou je devais aller. Je me dirigeai vers un placard qui se situait un peu plus loin dans le couloir, sur ma droite. Une voix de femme se fit entendre alors que je me penchais pour ramasser un fusil caché dans une boîte tout au fond du placard. Je refermai tranquillement le placard, et me dirigeai vers l’endroit d’où venait la voix. Lorsque j’entrai, un râle s’échappa de la gorge de la femme, qui semblait prise de panique. Elle saignait abondamment, et semblait souffrir énormément. Un rire s’échappa de ma gorge qui me fit frissonner. Je levai mon arme devant moi, et tirai un, deux, trois coups. Par la suite, je descendis et m’installai sur un vieux fauteuil dans le salon, tout près de la porte d’entrée…

Je me réveillai quelques heures plus tard, avec la certitude qu’il s’agissait bien de moi, que j’avais, dans une autre vie peut-être? Assassiné cette femme, et que maintenant elle cherchait peut-être à se venger …